Mon récit complet de l’Ultra Tour de la Motte Chalancon 2022

Intimiste, sauvage et caniculaire. Ce sont les trois mots qui me viennent à l’esprit si je devais résumer mon Ultra Tour de la Motte Chalancon de 82 km et 4500 m de dénivelé positif. Amoureux des Baronnies Provençales et habitant à une heure du lieu de départ, j’avais fait de l’UTMC mon objectif de cette année 2022. De ma préparation à mon arrivée en 10 ème position au terme de 14 h 28 d’effort, je partage avec toi cette magnifique aventure !

14h28

temps de course

10

classement

55

nombre de partants

Ma préparation physique à l’Ultra Tour de la Motte Chalancon 82 km

Lorsque l’on s’inscrit à un trail de 82 km et 4500 d+ dans les Baronnies Provençales en plein mois de juillet, on s’attend à avoir chaud, très chaud. J’avais donc intégré ce paramètre dans ma préparation en essayant de m’adapter au mieux à la chaleur. L’avenir me donnera finalement raison puisque l’édition 2022 de l’UTMC s’est courue dans un contexte caniculaire étouffant et éprouvant pour les organismes. 22 des 55 partants n’ont pas franchi la ligne d’arrivée – 40 % d’abandon – Un chiffre significatif et marquant traduisant l’overdose de chaleur pour la plupart des coureurs.

Adapter son organisme à la chaleur

Pour favoriser l’adaptation de mon organisme à la chaleur et mettre toutes les chances de mon côté pour devenir finisher, j’avais adopté une règle simple : ne pas fuir celle-ci durant ma préparation. Comment un organisme pourrait-il s’adapter à un élément s’il ne s’y confronte pas auparavant ? La prudence doit néanmoins être de mise lorsque l’on joue avec ce paramètre et je me suis bien gardé de réaliser des séances intenses en plein cagnard. J’avais donc privilégié la réalisation de mes entrainements à basse intensité (sorties vélo, footing) durant les heures les plus chaudes. Même si je commence à en avoir l’habitude, cela m’a permis de mieux me connaitre, de savoir comment mon organisme réagissait et s’adaptait mais aussi de bien appréhender mon allure de course et mes besoins sur les secteurs les plus chauds.

Cela m’avait aussi permis de réfléchir à un protocole « anti-coup de chaud » le jour de la course :

  • A chaque ravito, privilégier la Saint-Yorre ou une eau riche en minéraux pour compenser les pertes liées à la transpiration,
  • Enlever le sel de ma peau en me rinçant à l’eau claire dès que l’occasion se présentait (fontaines dans les villages, cours d’eau…). Le sel généré par la transpiration a tendance à obstruer les pores de la peau et empêche la bonne thermorégulation de l’organisme,
  • Viser les 750 ml/h d’hydratation en alternant la prise d’une boisson isotonique, de Saint-Yorre et d’eau plate,
  • Gérer, gérer et gérer mon effort en évitant au maximum de monter dans les tours.

Se préparer à encaisser les montées/descentes

Fort des certitudes acquises durant ma préparation au « Parcours des crêtes 62 km de l’Echappée Belle » (mon récit ici), j’avais programmé un gros bloc d’entrainement à S-4 (18, 19 juin 2022), sorte de week-end choc au sein duquel j’ai réalisé une grosse sortie trail le samedi et une belle sortie vélo le dimanche. Le hasard faisant parfois mal (bien ?) les choses, le samedi 18 et dimanche 19 juin 2022 étaient marqués par une première grosse vague de chaleur. La canicule commençait alors à s’abattre sur toute la France… [ces lignes sont écrites le 11 aout 2022 et la canicule sévit toujours…]

Pas question pour autant de repousser ces entrainements clés prévus à un mois de l’UTMC ! Le week-end était bloqué à l’avance. J’ai donc tourné ce paramètre négatif en quelque chose de positif en me disant que ça allait me mettre en condition de course.

Au programme de ce week-end choc :

  • Sortie trail (samedi) : 4 allers-retours de 820 m de dénivelé positif parcourus sur un sentier technique dans mon terrain de jeu préféré : la montagne de la Lance (Drôme Provençale). Pour coller aux conditions de course et éviter de m’exposer trop longtemps à la chaleur, j’ai débuté cet entrainement à 4 h du matin, horaire de départ de l’UTMC. Cela m’a fait une sortie de 7 h 19, 39 km, 3600 d+.

  • Sortie vélo (dimanche) : J’avais prévu une seconde sortie trail d’environ 6 h mais, étant sorti un peu rôti de celle de la veille, j’ai privilégié un entrainement sur le vélo avec un aller-retour au sommet du Mont Ventoux depuis la maison : 4 h 56, 113 km, 2020 d+. Cet entrainement réalisé sous une chaleur écrasante s’est plutôt bien passé avec de bonnes sensations dans l’ascension du Géant de Provence depuis Malaucène.

Ce gros week-end d’entrainement concluait un bloc de plusieurs semaines orienté « casse de fibres » dans lequel j’avais inclus de nombreuses séances de « navettes ». J’avais réalisé ce type de séance dans le but d’être plus fort physiquement et d’être capable d’encaisser les montées et descentes raides du parcours. (et cela a été très bénéfique pour le jour-j…)

profil utmc drome

Récit et temps forts de l’Ultra Tour de la Motte Chalancon / 82 km, 4500 d+ / 16 juillet 2022

Inquiétude et silence radio de l’organisation…

Le jour de la course approche et aucune nouvelle de l’organisation depuis février 2022. Pas de reco organisée, aucun post Facebook, aucune information autour de l’événement… rien. Nous sommes le 12 juillet 2022, la canicule est alors installée et bien annoncée pour le week-end de l’UTMC et je commence à me demander si l’événement sera maintenu. Nombreux sont les coureurs qui partagent mon inquiétude. A une semaine de la course, toujours aucune nouvelle de l’organisation depuis 5 mois.

Le parcours sera-t-il raccourci ? Maintenu en l’état ? Des points d’eau seront-ils ajoutés ? Pas de nouvelle, bonne nouvelle. Quand soudain… miracle ! Le 15 juillet 2022, soit 24 h avant la course, un communiqué est publié sur Facebook informant notamment de la présence de médecins à certains points du parcours qui surveilleront les « coups de chaud » et l’état des coureurs.

Une grande vigilance est portée sur le passage « des échelles » après le km 60. Cette section du parcours, à flanc de falaise, équipée d’échelles et de mains courantes, est très exposée à la chaleur et sera empruntée aux horaires les plus chauds par les participants. Un médecin sera alors présent au ravito de Rémuzat, situé peu avant ce passage, pour juger de l’état de forme des coureurs et d’éventuels coups de chaud. (Je te raconte par la suite l’anecdote concernant la première féminine…)

récit ultra tour motte chalancon

4h du matin à la Motte Chalancon : fraicheur, petits yeux et sourires timides

Les yeux sont petits, gonflés et suspendus au chronomètre indiquant l’heure brillant sous l’arche de départ. Nous sommes le samedi 16 juillet, il est 3 h 45 du matin et l’ambiance est calme et sereine sur la place de la Motte Chalancon. Les sourires sont timides, crispés et les têtes se projettent déjà dans cette journée qui s’annonce longue. Assez surprenant mais terriblement plaisant, la fraicheur est bien présente sur la ligne de départ et je profite de celle-ci à sa juste valeur car elle sera, plus tard, impitoyable pour les organismes.

récit ultra tour motte chalancon
récit ultra tour motte chalancon
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82 km et 4500 m dénivelé positif m’attendent, nous attendent. Ce sera, si je franchis la ligne d’arrivée, ma plus longue distance courue. La canicule attendue me fait peur. Je cogite et me souviens du coup de chaud vécu sur le 80 km du Grand-Duc de Chartreuse en 2019 qui m’avait contraint à abandonner suite à de terribles maux de ventre.

Ma chérie est là, à côté de moi. Elle me rassure en me rappelant les entrainements effectués et ma préparation réalisée quasi sans accroc. Elle a raison, seule une mauvaise gestion de course, une blessure ou une faiblesse mentale pourrait m’empêcher de franchir la ligne d’arrivée. Je suis prêt physiquement et déterminé mentalement. 5 mn nous séparent désormais du départ.

Un dernier câlin réconfortant et je rejoins maintenant les autres coureurs dans le sas de départ. J’écoute avec attention le briefing du speaker. Il insiste sur la chaleur, sur la présence de médecins à certains points et sur la responsabilité de chaque coureur. Il est 4 h, il fait nuit noire et le flot de lampes frontales s’élance dans les rues du village. L’UTMC 2022 est lancé !

KM 0 au R1 : Profiter de la fraicheur de la nuit pour avancer sereinement

Le départ est rapide pour les coureurs du relais et plus prudent pour les « solos » comme moi. Ma stratégie est simple : garder un rythme le plus constant possible jusqu’à l’arrivée et ne jamais puiser dans mes réserves. Ma bonne gestion de l’effort conditionnera la réussite de mon plan alimentaire et donc de ma course. Je vais tenter de reproduire ce qui a marché pour moi dans le passé, à savoir la même stratégie que lors du « Parcours des crêtes » 62 km de l’Echappée Belle 2021.

récit ultra tour motte chalancon

Sur le papier, le plan est simple : je vais tenter d’ingérer 40 g de glucides / heure répartis entre barres salées Baouw et compotes/purées de la même marque. J’ai préparé aussi 2 sandwichs pain de mie/jambon/Saint-Môret que ma chérie m’apportera aux ravitos plus tard dans la course. Côté hydratation, j’ai tablé sur 500 ml/h en début de course et 750 ml/h à partir de la fin de matinée. J’alternerai alors des prises de boisson iso, d’eau plate et de Saint-Yorre.

récit ultra tour motte chalancon
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Ce 82 km débute par une ascension de 530 m de dénivelé positif. Je trottine jusqu’à ce que la pente soit trop sévère puis sort les bâtons. J’écoute avec attention mes sensations et reste concentré sur mon rythme. Les jambes sont fraiches et je ne vois pas passer cette première montée.

J’aborde ensuite la descente de 330 d- avec prudence en restant vigilant à mes appuis. Courir de nuit est particulier, le relief est aplati et il est difficile de courir en étant tout à fait relâché. Nous rejoignons alors une route goudronnée qui nous mène au pied de l’ascension de 700 d+ menant au ravito n°1. Il fait nuit mais les mollets ne trompent pas… la pente s’est bien accentuée. Nous montons dans un pierrier où les appuis sont fuyants. Deux pas en avant, un pas en arrière… la première crête se dessine devant nous. Au loin les lumières du ravito du 12 ème km, comme un phare, nous appellent déjà. Le vent souffle légèrement et j’enfile même mon coupe-vent en ressentant les premiers frissons.

Ce passage au R1 fut rapide. Je remplis mes flasks et file pour profiter au maximum de la fraicheur pour avancer. 12,5 km et 1200 d+ se sont écoulés en moins de 2 h. Il est 5 h 54 du matin et tout va bien !

récit ultra tour motte chalancon
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R1 à R2 : S’estimer chanceux de voir le soleil se lever au-dessus des montagnes

Objectif « la Charce » !

22 km, 1000 d+ et 1640 d- me sépare maintenant du prochain ravito situé au village de la Charce (km 34) où je retrouverai ma chérie pour la première fois depuis le départ. C’est la section la plus longue séparant deux ravitaillements. Cette partie de la course est très variée. Entre descentes roulantes, passages techniques sur les crêtes et faux-plats montant « courables », je peine à trouver mon rythme de croisière. Je me concentre néanmoins à suivre mon plan alimentaire. Tout passe plutôt bien pour le moment, tant mieux.

Je cours alors durant un petit moment avec un autre coureur, Christophe. Nous discutons et nous nous tirons mutuellement vers le haut en faisant route commune. J’apprends qu’il a fait un infarctus il y a peu et qu’il revient de loin… son objectif aujourd’hui est alors de battre son précédent chrono sur cette même course. Il a l’air confiant. Je crois que c’est ce que j’aime le plus durant ces longues aventures sur les sentiers : partager des tranches de vie avec des personnes qui m’étaient jusqu’alors complètement inconnues. J’imprime un rythme constant mais relâché dans la descente, je me sens à l’aise et me retrouve à prendre de l’avance sur lui. Je ne le sais pas encore mais Christophe sera mon fil rouge durant cet UTMC

récit utmc drome 82 km (3)
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récit utmc drome 82 km (3)
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profil utmc drome

Le ravito de « la Charce » est précédé d’une montée extrêmement raide suivie d’une descente de 500 d- qui l’est tout autant. La chaleur commence à se faire sentir, il n’est que 9 h du matin et la lassitude s’empare alors de moi. Il est 9 h, j’ai déjà chaud, j’ai la sensation que cette descente m’entame physiquement… comment se passera la suite si après seulement 34 km et 2100 d+ je suis déjà dans le dur ?

récit utmc drome 82 km (3)

Je retrouve alors ma chérie qui m’attend au ravito de ce magnifique petit village. Je suis heureux de la retrouver mais me sens à fleur de peau, comme si la détermination du début de course m’avait déjà quitté. Je ne saurai l’expliquer mais les 5 h de course sont souvent pour moi synonyme de coup de mou. Comme une barrière psychologique qu’il fallait surmonter, comme un mur de verre à briser.

Je m’assois 10 min à ses côtés, prends le temps de bien m’hydrater et de manger quelques tranches de melon frais et repars avec la volonté de me concentrer sur l’instant présent. Les mots positifs échangés avec elle m’ont aidé. Les idées noires doivent être considérées et mises de côté. Après tout, je suis en pleine santé et m’estime chanceux et privilégié d’admirer le soleil se lever en arpentant les sentiers.

R2 à R3 : La remobilisation générale a sonné !

La section entre le ravitaillement du village de la Charce (R2) et celui du col de la Fromagère (R3) est, dans un premier temps, roulante. Je croise pour la première fois un cours d’eau (l’Oule) et en profite pour mettre en place mon protocole « anti coup de chaud ». Je me rince le visage, la nuque, les bras, les jambes et repars en courant. Les 3 km roulants passent vite, je déroule assez facilement même si la fatigue musculaire commence à pointer le bout de son nez. Je traverse le hameau de « Sainte-Marie » puis sors les bâtons pour entamer les 10 km de montée. Je me retrouve alors un peu collé au sol dans cette ascension qui sera entrecoupée de descentes assez raides, notamment celle juste avant le R3.

Mes sensations sont mauvaises. Je subis la chaleur et mon corps a du mal à avancer efficacement. Tout devient poussif. Seul point positif : je n’ai pour l’instant aucun soucis à m’alimenter et à m’hydrater. Je sais ce facteur déterminant pour franchir la ligne d’arrivée. Peu importe mon rythme, je me concentre sur l’essentiel : mettre de l’essence dans le moteur. Boire toutes les 10 mn et manger toutes les 30 mn. Les barres Baouw et purées salées passent très bien. Riches en minéraux, en micro-nutriments et composées d’aliments naturels, elles sont parfaites pour les conditions du jour.

Je me raccroche alors mentalement à cela. Je m’hydrate et m’alimente bien, les bonnes sensations vont revenir c’est certain. Je commence à me connaitre et savoir que les hauts et les bas font partis de ce type d’effort d’ultra endurance. Savoir faire le dos rond et accepter ces moments faibles est une qualité essentielle à avoir pour devenir finisher. Le col de la Fromagère est maintenant en vue en contre-bas !

récit utmc drome 82 km (3)

Un chapiteau a été dressé en plein soleil. Je retrouve ma chérie et m’assois à l’ombre pour prendre le temps de profiter d’elle et de me reposer quelques minutes. Il est 11 h 37, l’heure de manger mon premier sandwich pain de mie/Saint-Môret/jambon. Sans trop d’appétit, je me force tout de même à le terminer et prends soin de boire beaucoup de Saint-Yorre pour reminéraliser mon organisme.

On m’annonce alors que je suis 12 ème. Je suis très étonné par ce (relatif) bon classement. Cette information me booste. Je reçois aussi des encouragements de mes proches sur mon téléphone. Ils suivent le live de la course. Ma chérie m’aide à faire le plein de mes flasks, j’échange mon maillot pour un plus léger et débute la prochaine ascension en direction de la « montagne de Raton » et des « Aiguilles de Rémuzat ».

R3 à R4 : Flirter avec le coup de chaud et l’hypo sans les atteindre !

La montée débute sur une large piste forestière dont le pourcentage ne va pas tarder à s’accentuer. 400 d+ en 3 km m’attendent. A ma grande surprise, j’aperçois Christophe, positionné quelques centaines de mètres devant moi. Je fais l’effort pour le rejoindre et réaliser la montée avec lui. Quand m’a-t-il doublé ? Je n’en sais rien. Probablement au ravito R2 de « la Charce ». En tout cas je suis content de le retrouver et nous reprenons notre discussion de tout à l’heure. La montée, dont la fin est en sous-bois à l’ombre, passe assez vite et nous arrivons désormais au sommet de la montagne. Je me sens fort dans les gros pourcentages. Je repense alors à ces séances de navettes effectuées quelques semaines plus tôt et me rends compte à quel point j’avais visé juste dans ma prépa.

récit utmc drome 82 km (3)

La vue est dégagée et splendide depuis le sommet ! Le paysage, typique des Baronnies Provençales, me rappelle la montagne de la Lance, ma montagne de la Lance, mon terrain de jeu sur lequel je prépare toutes ces aventures.

Nous parcourons alors les 5 km de la ligne de crête ensemble sur un rythme régulier. Il faut bien regarder où l’on met les pieds. C’est souvent technique et parfois roulant durant une dizaine de mètres. Il faut constamment alterner la marche et la course. Marcher, relancer en courant, marcher, relancer en courant… en se concentrant sur notre jeu de jambes pour ne pas se tordre une cheville. De loin, nous pourrions être comparés à des danseurs.

Cela demande de la concentration et accentue la fatigue déjà bien présente.

Cette concentration nécessaire à ma bonne progression me fait sortir mentalement de mon plan alimentaire et je me rends compte au bout d’une heure et demie que je ne m’hydrate plus et ne mange plus. Je sens le début d’une hypoglycémie pointer le bout de son nez. Le soleil est à son zénith, l’ombre et la fraicheur ne sont plus qu’un lointain souvenir et je me sens tout d’un coup fébrile. Je reconnais ces symptômes… Pas de doute, une hypo est en train de toquer à ma porte.

Après avoir fait une bonne heure ensemble, je décide alors, par sécurité, de rétrograder et de laisser Christophe s’engager seul dans la longue descente de 1100 d- vers Rémuzat. Je stoppe alors mon effort 30 secondes, le temps de boire quelques grandes gorgées et de manger une barre sucrée et une compote avant d’entamer la descente. Je commence à avoir très chaud et je sais que cela va empirer en descendant dans la vallée. Je me sens étouffé par celle-ci. Je décide alors de sacrifier 500 ml d’eau pour la verser sur la tête et me rafraichir.

Je réalise la descente sur un rythme prudent mais régulier. La fébrilité me quitte lentement. La compote a fait son effet. La première féminine me double alors et semble vraiment facile. Je la suis quelques centaines de mètres et lâche du terrain progressivement. J’arrive à un petit point d’eau où deux bénévoles accueillent les coureurs. Il me reste 500 ml de boisson iso mais je décide tout de même de prendre 500 ml d’eau supplémentaire. Je m’en servirai durant le reste de la descente pour me rafraichir en me mouillant la nuque et la tête. Je pense stratégie et gestion de course. Les sensations ne sont pas folles mais quand j’analyse ma situation, tout ne va pas trop mal. Il est 14 h, j’arrive au ravito du 60 ème km de Rémuzat en pointant 14 ème.

R4 à R5 : Les vautours surveillent l’avancée des coureurs dans la terrible ascension du Rocher du Caire

J’arrive au ravito de Rémuzat entamé physiquement mais extrêmement motivé mentalement. Je retrouve ma chérie qui m’a apporté de la Saint-Yorre, mon ravito pour la section suivante et un sandwich. Les bénévoles présents me proposent des sacs de glaçons que j’accepte bien volontiers. J’en pose un sur ma nuque et un autre sur mes cuisses. Cela me procure une sensation de fraicheur qui me fait le plus grand bien. Je dévore mon sandwich en prenant soin de bien le mâcher et de boire en même temps.

La première féminine est à côté de moi, accompagnée de son mari. Elle n’arrive plus à s’alimenter ni à boire… ce n’est pas bon signe. Les deux sont hésitants quant à la suite à donner à sa course. La chaleur frôle les 40 degrés. Un médecin est là pour juger de la lucidité et de l’état des coureurs. Il vient alors me voir en me demandant si ça va. Je lui réponds par l’affirmative. Il voit que je mange et bois tout à fait normalement et que je suis parfaitement lucide. La suite du parcours est terrible, je le sais alors j’insiste avec les glaçons sur la nuque, sous la casquette, sur les cuisses. Tout ce qui peut m’aider à faire tomber la température corporelle et à mieux vivre la chaleur est bon à prendre. Pas au mieux, la première féminime repart quelques minutes avant moi.

Le passage qui suit est redouté. Il s’agit de la montée du « Rocher du Caire », une ascension de 300 m de dénivelé positif à flanc de falaise, extrêmement exposée à la chaleur et à la réverbération. L’organisation avait insisté sur ce passage durant le briefing.

récit utmc drome 82 km (3)

Cette ascension je la connais. Nous l’avions effectué en rando deux ans plus tôt avec ma chérie. Il s’agit d’un spot bien connu d’observation des vautours dans le Parc Naturel Régional des Baronnies Provençales. Avant de débuter la terrible montée, je savais que nous allions longer « l’Oule » durant plus d’un kilomètre. J’allais ainsi avoir l’occasion de me tremper. Je suis donc parti du ravito du 60 ème avec une bouteille de Saint-Yorre vide.

Peu avant le début de l’ascension, je me suis trempé dans la rivière pour refroidir mon organisme au maximum. J’ai aussi rempli la bouteille d’1,25 l dans le but de m’arroser tout au long de la montée. La chaleur étant, comme prévue, étouffante. Les barres métalliques des échelles brulantes nous incitaient à ne pas rester longtemps ici. Quelques centaines de mètres plus haut et plus loin, j’aperçois la première féminine assise à l’ombre d’un des seuls arbres de cette section.

Trois personnes du 42 km sont aussi là pour l’assister. Je lui demande comment elle se sent et lui propose alors ma bouteille d’eau fraiche de la rivière pour qu’elle se mouille et tente de faire redescendre un peu sa température corporelle. Je discute avec les autres coureurs qui vont relativement bien, ils m’assurent qu’ils restent avec elle encore un peu. Je continue ma route vers le point de contrôle du sommet, je la signalerai aux bénévoles.

Tout va très bien de mon côté. A la rencontre avec les bénévoles au sommet du Rocher du Caire, je retrouve son mari inquiet qui constate que j’arrive avant elle. Je lui signale alors qu’elle n’est pas en grande forme et qu’il faudrait aller lui porter assistance. Dans cette section annoncée « dangereuse » de part son caractère hostile et aérien, je m’étonne qu’aucun secouriste n’ait été posté.

récit utmc drome 82 km (3)
récit utmc drome 82 km (3)

Ce passage délicat est maintenant derrière moi. Je refais le plein d’eau, laisse ma bouteille de Saint-Yorre vide au ravito et file sur les crêtes techniques de la montagne du Dévès en direction du col de Saint-May. J’ai retrouvé d’excellentes sensations et prends un plaisir monstre. Je double un coureur et ça me motive ! Le point d’eau du col de Saint-May est animé par des bénévoles en très grande forme qui joue de la musique ! Ils font du bruit et m’encourage en me voyant descendre. Je crie de loin pour les encourager ! Il me reste 17 km et je me sens en forme. Une douleur sous le pied m’empêche parfois de courir comme je veux mais rien d’handicapant…

Qui vois-je au loin ? Christophe ! Je le rattrape à la faveur d’un sentier roulant que j’arrive à courir sur un bon rythme. Nous faisons de nouveau route commune et arrivons ensemble au ravito de Léoux, km 70.

récit utmc drome 82 km (3)
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R5 à arrivée : Terminer tout à droite sur la plaque !

Ma chérie est là. Je prends le temps de m’assoir 5-10 min pour profiter d’elle et de l’ombre. On discute ensemble, je me sens serein et à ma place. Je sais que c’est « gagné » désormais, que plus rien ne peut m’empêcher d’être finisher, alors je profite de chaque petite minute passée avec ce dossard épinglé.

L’ambiance est bonne au ravito. Nous ne trainons néanmoins pas trop et repartons avec Christophe pour les 12 derniers kilomètres.
Une belle bosse nous attend à la sortie de Léoux, je ressors les bâtons pour gagner en efficacité et me rends rapidement compte que mon rythme est plus élevé que le sien. Constatant que notre allure est différente, nous nous séparons de nouveau pour terminer cette course chacun de notre côté. Une fois cette montée terminée, une large piste peu technique me permet de courir avec une belle allure. J’avance vite et me sens vraiment bien. La portion de piste terminée, le parcours bifurque sur la droite sur un petit sentier magnifique qui se termine en plongeant au-dessus du lac de Cornillon. La vue est sublime et je profite au maximum de cette dernière heure de course.

récit utmc drome 82 km (3)

J’arrive au bord de ce plan d’eau. L’organisation nous fait emprunter ensuite le lit de l’Oule et ses galets qui ne permettent pas de courir. La fin de la course est une longue et interminable piste cyclable. 5 km facile que je devrais courir tranquillement… Sauf qu’après 80 km de sentiers et de cailloux… ce n’est pas la même. Je me force malgré tout à trottiner à un rythme d’escargot. J’entre dans le village de la Motte Chalancon. Je savoure ces dernières centaines de mètres.

Je franchis la ligne d’arrivée en 14 h 28 et en 10 ème position. Je retrouve avec un plaisir immense ma chérie qui m’a assisté sur les ravitos durant toute la course. J’ai l’impression que l’on a couru à deux. Je savais l’importance d’avoir un soutien et une assistance sur ce genre d’épreuve. L’UTMC 2022 est venu conforter cela. La ligne d’arrivée est encore plus belle lorsqu’elle est partagée !

récit utmc drome 82 km (3)

Même si j’ai vécu quelques coups de moins bien, je suis très satisfait de ma gestion de course et surtout de ma stratégie nutritionnelle qui a bien fonctionné. Je n’ai eu aucun problème gastrique (miracle sous cette chaleur !) et cela m’a permis de terminer la course avec de belles sensations. Les ravitos nombreux et l’excellent balisage (balises suspendues + marquage au sol) nous ont permis de profiter « sereinement » de ce parcours exceptionnel. Je ressors de cet UTMC 2022 grandi, riche d’une expérience nouvelle et positive. Les montagnes sauvages des Baronnies Provençales, bien qu’hostiles, ont fait de ces 82 km et 4500 d+ une formidable et magnifique aventure.

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